[MSN] LA DESTRUCTION DU PALAIS D’ETE PAR LES ARMEES FRANÇAISES ET BRITANNIQUES

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Wed Apr 2 07:45:49 CEST 2008


LA DESTRUCTION DU PALAIS D’ÉTÉ PAR LES ARMÉES FRANÇAISES ET BRITANNIQUES
Un crime contre le patrimoine mondial passé sous silence

Publié dans l'édition du 2 avril 2008 

En 1860, les armées françaises et britanniques mettent à sac la résidence de
l’Empereur de Chine. Ce palais est incendié, il le sera à nouveau en 1900
par les Européens. Parmi les rares voix qui ont osé critiquer cette exaction
à l’époque figure celle de Victor Hugo. Sa lettre, traduite en chinois, est
aujourd’hui exposée au milieu des ruines du Palais d’Été. En voici de larges
extraits :

« Vous me demandez mon avis, monsieur, sur l’expédition de Chine. Vous
trouvez cette expédition honorable et belle, et vous êtes assez bon pour
attacher quelque prix à mon sentiment ; selon vous, l’expédition de Chine,
faite sous le double pavillon de la reine Victoria et de l’empereur
Napoléon, est une gloire à partager entre la France et l’Angleterre, et vous
désirez savoir quelle est la quantité d’approbation que je crois pouvoir
donner à cette victoire anglaise et française.

Puisque vous voulez connaître mon avis, le voici :

ll y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde ; cette merveille
s’appelait le Palais d’été. L’art a deux principes, l’Idée qui produit l’art
européen, et la Chimère qui produit l’art oriental. Le Palais d’été était à
l’art chimérique ce que le Parthénon est à l’art idéal. Tout ce que peut
enfanter l’imagination d’un peuple presque extra-humain était là. Ce n’était
pas, comme le Parthénon, une œuvre rare et unique ; c’était une sorte
d’énorme modèle de la chimère, si la chimère peut avoir un modèle.
Imaginez on ne sait quelle construction inexprimable, quelque chose comme un
édifice lunaire, et vous aurez le Palais d’été. (...)

Cet édifice, qui avait l’énormité d’une ville, avait été bâti par les
siècles, pour qui ? pour les peuples. Car ce que fait le temps appartient à
l’homme. Les artistes, les poètes, les philosophes connaissaient le Palais
d’été ; Voltaire en parle. On disait : le Parthénon en Grèce, les Pyramides
en Egypte, le Colisée à Rome, Notre-Dame à Paris, le Palais d’été en Orient.
Si on ne le voyait pas, on le rêvait. C’était une sorte d’effrayant
chef-d’œuvre inconnu entrevu au loin dans on ne sait quel crépuscule, comme
une silhouette de la civilisation d’Asie sur l’horizon de la civilisation
d’Europe.

Cette merveille a disparu.

Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d’été. L’un a pillé,
l’autre a incendié. La victoire peut être une voleuse, à ce qu’il paraît.
Une dévastation en grand du Palais d’été s’est faite de compte à demi entre
les deux vainqueurs. (...) 
Tous les trésors de toutes nos cathédrales réunies n’égaleraient pas ce
splendide et formidable musée de l’Orient. Il n’y avait pas seulement là des
chefs-d’œuvre d’art, il y avait un entassement d’orfèvreries. Grand exploit,
bonne aubaine. L’un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant,
l’autre a empli ses coffres ; et l’on est revenu en Europe, bras dessus,
bras dessous, en riant. Telle est l’histoire des deux bandits. (...)
Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre
s’appellera l’Angleterre. Mais je proteste, et je vous remercie de m’en
donner l’occasion ; les crimes de ceux qui mènent ne sont pas la faute de
ceux qui sont menés ; les gouvernements sont quelquefois des bandits, les
peuples jamais.
L’empire français a empoché la moitié de cette victoire et il étale
aujourd’hui avec une sorte de naïveté de propriétaire le splendide
bric-à-brac du Palais d’été.
J’espère qu’un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce
butin à la Chine spoliée.
En attendant, il y a un vol et deux voleurs, je le constate.
Telle est, monsieur, la quantité d’approbation que je donne à l’expédition
de Chine.

Victor Hugo

http://www.temoignages.re/



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