[MSN] Comment protéger les églises de la recrudescence des vols
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Thu Oct 4 07:26:35 CEST 2007
Comment protéger les églises de la recrudescence des vols
LE MONDE | 02.10.07 | 14h59 Mis à jour le 02.10.07 | 14h59
Le bâtiment est sous surveillance électronique", lit-on sur le mur de cette
église campagnarde. Ce n'est pas vrai, mais peu importe : l'affichette aura
un effet dissuasif sur les voleurs, espère la municipalité. Le concours
d'idées est ouvert : comment protéger le patrimoine mobilier des édifices
religieux : calices, statuettes romanes, tableaux de maître, retables en
marbre... ?
L'actualité l'atteste : les églises, propriété des communes, et les 86
cathédrales de l'Etat sont les principales cibles des trafiquants d'art et
des "petites mains" qui forcent les portes au pied-de-biche. Dans la nuit du
11 au 12 septembre, plusieurs dizaines de pièces d'orfèvrerie ont ainsi été
dérobées à la cathédrale de Perpignan.
Cette affaire survient après le vol de trois éléments d'un retable
Renaissance dans la cathédrale de Rennes et, plus récemment, la disparition
de 91 objets de celle de Toulouse. "Environ 90 % du patrimoine mobilier
protégé au titre des Monuments historiques se trouve dans les édifices
religieux, résume Stéphane Théfo, commandant de police détaché au ministère
de la culture pour assurer la sécurité du patrimoine. Il n'y a pas de
réglementation pour protéger ces oeuvres. On fait du sur-mesure", dit-il.
Tous lieux confondus (églises, châteaux, musées...), le vol d'oeuvres d'art
serait en diminution. Mais la part des délits affectant le patrimoine d'art
sacré reste importante. En 2006, on dénombrait 208 vols dans les édifices
religieux, dont 90 objets inscrits ou classés aux Monuments historiques. Et
270 vols ont déjà été recensés à la fin du premier semestre 2007.
Au fil des ans, le patrimoine s'effrite. Parfois, il faut des années pour
retrouver une oeuvre. Quand on y parvient. Ainsi, en novembre 2006, c'est
une conservatrice qui a reconnu dans le catalogue d'un musée de Varsovie la
Crosse de Saint-Loup (XIIIe siècle), volée en 1993 à la cathédrale de
Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire).
Les acheteurs qui prouvent leur bonne foi sont remboursés du prix de leur
acquisition. Aux frais de la commune propriétaire de l'oeuvre, qui reçoit
tout de même une aide de l'Etat "à hauteur de 50 %" de l'indemnité due,
indique-t-on au ministère de la culture.
L'Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC),
rattaché au ministère de l'intérieur (direction centrale de la police
judiciaire), s'est doté d'un logiciel (Treima) qui recense les objets d'art
volés, avec photos et fiches détaillées. Car il faut agir vite : "La
marchandise disparaît en quelques heures au fond d'un entrepôt, en Belgique
ou aux Pays-Bas, deux Etats où le délit de recel est quasiment impossible à
établir", explique Bernard Darties, chef-adjoint de l'OCBC.Le commandant de
police précise : "En France, les marchands d'art doivent tenir un registre
qui permet de "tracer" l'oeuvre. Un tel contrôle n'existe pas en Belgique ni
aux Pays-Bas".
Par ailleurs, dans ces deux pays, le délit de recel se prescrit "en trois ou
cinq ans" alors qu'il est imprescriptible en France. Une directive
européenne permet, certes, d'obtenir la restitution des "trésors nationaux"
ayant quitté illicitement le territoire d'un Etat membre. "Mais il faudrait
l'étendre par convention bilatérale aux Etats-Unis, où nombre d'oeuvres
volées finissent leur séjour", conclut M. Darties, qui plaide pour une
uniformisation du droit.
La ministre de la culture et de la communication, Christine Albanel, a saisi
le ministère de la justice afin d'étudier un durcissement du code pénal
s'agissant du vol d'un bien culturel - considéré comme un vol simple et puni
de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende, sauf cas
particuliers entraînant des peines plus lourdes. Il s'agirait de créer "une
cause d'aggravation du délit" dès lors que le bien volé appartient "aux
catégories les plus importantes de notre patrimoine culturel". Et de prévoir
"un délit d'intrusion dans les lieux publics".
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