[MSN] Le saint retour des reliques. Des statues volées dans des églises ces dix dernières années ont été restituées hier.

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Thu Mar 15 05:57:25 CET 2007


Le saint retour des reliques
Des statues volées dans des églises ces dix dernières années ont été
restituées hier. 
Par Vincent NOCE
QUOTIDIEN : jeudi 15 mars 2007

Le ministre de la Culture a restitué, hier, trois sculptures volées ces
dernières décennies dans des églises. Un groupe statuaire classé monument
historique, les Trois Enfants de la légende de saint Nicolas, avait été
dérobé, en 2000, dans la cathédrale de Langres (Haute-Marne). Une Vierge à
l'enfant du XIVe siècle, également classée, et une Notre-Dame d'Abondance du
XVe avaient disparu, il y a vingt-six ans, en Haute-Savoie, de l'église de
Montriond et de celle d'Abondance. Elles font partie d'un butin récupéré en
2005 en Belgique, qui comptait également quatre sculptures disparues dans la
Somme, un saint Séverin,  volé à Outrebois,  une pietà de l'église de
Domart-en-Ponthieu, un saint Sébastien et un Christ aux liens de l'église de
Mailly-Maillet, ainsi qu'une Vierge à l'Enfant d'un particulier de Beauvais
(Oise) et un portrait volé au château d'Havrincourt (Pas-de-Calais).
Fin 2004, deux voyous italiens, arrêtés à Mons, avouaient une série de
cambriolages de châteaux en Belgique et en Normandie, tout en dénonçant le
marchand qui écoulait leur butin. En février, des policiers français sont
venus lui rendre visite à Anvers. Ils n'ont pas retrouvé les objets volés en
Normandie mais ont découvert des centaines de meubles et d'oeuvres d'art,
qu'ils ont intégralement photographiés.
Recel. Cet inventaire a été confronté, à Paris, aux bases de données de la
Direction du patrimoine et de l'Office central de lutte contre le trafic des
biens culturels (OCBC) à l'aide d'un logiciel de rapprochement d'images.
Bingo : huit objets provenaient de cambriolages en France, remontant jusqu'à
1980. Difficulté : la loi belge est particulièrement tolérante. Le recel y
est prescrit au bout de trois ans. Logiquement, le trafiquant refusait de
rendre les objets. Il était cependant une vieille connaissance du commandant
adjoint de l'OCBC, Bernard Darties, qui le décrit comme «le meilleur
spécialiste en tapisseries et en armes anciennes» dans sa partie. Apparu
comme intermédiaire lors de la vente, à Atlanta, d'une tapisserie de la
collégiale de Saint-Gaudens (Haute-Garonne), qui fut finalement récupérée,
il avait aussi accepté d'écouler des tapisseries de la cathédrale
Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes. Le vol n'eut finalement pas lieu : les
enquêteurs avaient planqué chez une brave citoyenne, en face de la
cathédrale, mais les voleurs n'avaient pas réussi à se laisser enfermer dans
les murs.
Bernard Darties se rendit à Anvers pour avoir, en compagnie des gendarmes
belges, une «discussion argumentée» avec le marchand : en fait, il crut bon
de lui rappeler cette série de fâcheux incidents. L'intéressé s'empressa de
rendre sans contrepartie les trésors restitués hier.
Fléau. Ce succès témoigne des efforts constants de la Direction du
patrimoine, en coopération avec l'OCBC. Mais la part de chance illustre les
difficultés de la lutte contre ce fléau en Europe. Un sénateur belge,
François Roelants du Vivier, s'est indigné que «la Belgique et la Hollande
soient les hôtes privilégiés des trafics internationaux des oeuvres d'art,
parce que les receleurs bénéficient de législations fort avantageuses». Il a
déposé un projet de loi proposant de faire du recel, comme en France, un
«délit continu», le receleur pouvant être poursuivi tout le temps que
l'objet est entre ses mains.
En France, l'écart de deux ans entre la récupération des objets et la
cérémonie d'hier témoigne du soin apporté par Donnedieu à soigner sa
communication dans un domaine qu'il a complètement négligé, ces dernières
années. Aucune avancée n'a été réalisée vers une base de données européenne.
Les promesses, comme celle de fournir une base de données accessible aux
professionnels, ou de doter celle de l'OCBC d'un moteur de balayage de
recherche automatique, n'ont pas été tenues. Ni le ministre, ni la Direction
des musées de France n'avaient cru bon de se porter partie civile au procès
de Stéphane Breitwieser, auteur de 70 vols dans des musées en France, qui
resta quelques mois en prison. Deux ans plus tard, Donnedieu propose de
légiférer pour aggraver les peines en cas de vol d'une oeuvre du patrimoine
public. Louable intention, si elle parvient jusqu'au prochain gouvernement.


http://www.liberation.fr/culture/240958.FR.php



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