[MSN] Exportée illégalement en France, une inscription datant du IIIe millénaire restituée au Musée national
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Sat Jan 6 12:54:38 CET 2007
Patrimoine - La pièce d’antiquité provenait des fouilles clandestines menées à Kamed el-Loz
Exportée illégalement en France, une inscription datant du IIIe millénaire restituée au Musée national
Un prisme à six pans d’une hauteur de 18 centimètres, en terre cuite, provenant des fouilles clandestines faites sur le site de Kamed el-Loz, dans la Békaa, a été restitué par la France. Il est exposé depuis hier au Musée national de Beyrouth où le ministre de la Culture, Tarek Mitri, le directeur général des Antiquités, Fréderic Husseini, et le conservateur Suzy Hakimian ont tenu une conférence pour expliquer les circonstances du vol de la pièce et les démarches entreprises pour sa récupération.
Le 28 février 2003, le ministère de la Culture a été informé de la mise en vente aux enchères à Paris d’une pièce archéologique inscrite dont la provenance déclarée est Kumidi, l’actuel site de Kamed el-Loz. Les responsables libanais ont alors pris la décision de faire arrêter immédiatement la transaction et ont demandé à la maison de vente la restitution de la pièce. Le dossier fut transmis au ministère des Affaires étrangères qui chargea l’ambassade du Liban à Paris de suivre l’affaire et d’arrêter la vente.
Le prisme, qui repose depuis le 28 décembre dernier au Musée national de Beyrouth, provient d’un dépôt de fondation (cache dans laquelle sont placées des offrandes). Il porte une inscription en caractères cunéiformes transcrivant la langue sumérienne et qui serait contemporaine ou postérieure à l’époque acadienne (2500-1900 avant J-C). Le texte est réparti sur les pans du prisme où les signes s’inscrivent dans des cartouches ainsi que sur le sommet de la pièce.
Dans une lecture préliminaire, le professeur Daniel Arnaud rapporte que cette inscription reproduit un texte auparavant inscrit sur une statue que le roi Shar-Bel-Shamê (roi est le seigneur des cieux) aurait installé dans le temple du dieu. Le roi y rend compte de la restauration de la ville et du temple ainsi que des travaux d’agriculture et de donations et sacrifices offerts au dieu local. Le roi déclare enfin avoir caché ce prisme dans la muraille de la ville ou bourgade.
Le site de Kamed el-Loz, qui a été fouillé entre 1963 et 1981 par une mission allemande, revêt une importance cruciale pour l’histoire antique du Liban, plus précisément pour la période de l’âge du bronze récent (1500-1200 avant J-C), a indiqué Suzy Hakimian. Kamed el-Loz était à cette époque une ville prospère gouvernée par un roi, comme en témoignent le palais, les temples et les ateliers qui ont été découverts ainsi qu’un certain nombre d’inscriptions datant de la période d’el- Amarna (XIIIe siècle avant J-C).
Dans les années 1980, les lieux ont été entièrement pillés et partiellement détruits au bulldozer, révèle le conservateur, qui rappelle que plusieurs mesures avaient été prises par les autorités libanaises pour faire face au pillage illégal : interdiction de la sortie des antiquités hors du Liban dès 1988, et suspension des permis de commerce des antiquités en 1990. En vertu de ces dispositions, le ministère de la Culture a considéré que la pièce proposée à la vente à Paris provenait des fouilles clandestines faites sur le site de Kamed el-Loz et aurait été exportée de manière illégale vers la France. « Le droit de propriété du Liban sur cette pièce a pu être établi grâce à l’inscription qu’elle porte qui constitue en elle-même un certificat d’origine », souligne encore Hakimian, ajoutant que « d’autres pièces exportées hors du pays constituent aujourd’hui un patrimoine apatride qu’il est impossible de restituer par manque
d’informations ».
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