[MSN] Les œuvres volées aux juifs ravivent de mauvais souvenirs au Pays-Bas

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Fri Apr 13 08:03:53 CEST 2007


Les œuvres volées aux juifs ravivent de mauvais souvenirs au Pays-Bas
LE MONDE | 12.04.07 | 15h11  •  Mis à jour le 12.04.07 | 16h35
Bruxelles Correspondant

'affaire des œuvres d'art confisquées aux juifs pendant la seconde 
guerre mondiale ne passe décidément pas aux Pays-Bas. Parce qu'elle met 
à mal l'image du royaume où l'on aima longtemps faire croire que la 
population s'était, plus qu'ailleurs, mobilisée en faveur des juifs, 
mais probablement aussi parce qu'elle offre une sombre image du marché 
de l'art néerlandais à l'époque de l'Occupation.

Mardi 3 avril, on a appris que l'Association néerlandaise des musées 
allait coordonner une nouvelle enquête afin de déterminer si, dans les 
collections nationales, ne figuraient pas d'œuvres dont des juifs 
auraient été obligés de se défaire entre 1933 et 1940. Une autre 
investigation, dont les résultats furent publiés en 2000, avait déjà 
tenté de déterminer si les musées n'avaient pas acquis, entre 1940 et 
1948, des œuvres confisquées par les nazis.

Les résultats des nouvelles recherches dépendront, cette fois encore, de 
la bonne volonté des musées, qui décident seuls de ce qu'ils révèlent ou 
non. Danielle Lokin, présidente de l'Association des musées, dit compter 
sur "leur éthique professionnelle" et affirme que rien ne l'autorise à 
penser qu'on lui cachera des choses.

L'annonce de cette enquête officielle est survenue alors qu'un autre 
épisode suscite la colère des organisations juives et de certains 
spécialistes mondiaux du marché de l'art. C'est mercredi 4 avril, en 
effet, que s'est terminé le délai pendant lequel les héritiers présumés 
de juifs spoliés pouvaient introduire des demandes afin de récupérer 
leurs biens. Une Commission de restitution a examiné jusqu'ici une 
quarantaine de requêtes et répondu favorablement dans les trois quarts 
des cas. Les héritiers du banquier juif Max Rothstein ont, par exemple, 
récupéré le Paysage au troupeau près d'une mare, de Jacob Ruysdael, qui 
avait servi à payer le voyage de la famille vers les Etats-Unis, en 
1941. Une trentaine d'autres demandes doivent encore être traitées.

DEMANDE DE PROLONGATION

Quelque 4 500 objets confisqués aux Pays-Bas ont été retrouvés après 
1945, en Allemagne, et ont été transférés vers les administrations ou 
les musées néerlandais. Confronté aux demandes de prolongation du délai 
imparti pour les demandes de restitution, le ministère de la culture 
assure que d'autres dossiers pourront être introduits et seront traités 
par une nouvelle commission ad hoc. L'indépendance de cette nouvelle 
instance est toutefois mise en doute. Comme, d'ailleurs, l'inventaire 
originel établi par les musées, sans doute peu désireux de se défaire de 
certaines œuvres qu'ils avaient parfois restaurées à grands frais.

Les doutes à l'endroit de certaines institutions sont renforcés par les 
souvenirs du comportement de certains de leurs dirigeants pendant la 
guerre. Dirk Hanema, directeur du Musée Boijmans van Beuningen à 
Rotterdam, et Willi Martin, responsable du Mauritshuis de La Haye, 
collaborèrent avec l'occupant. Tout comme Piet De Boer, président de 
l'Association des marchands d'art néerlandais. Cette période a été 
marquée par d'autres sombres épisodes comme le démantèlement des 
collections Schloss, Stodel et celle du banquier Franz Koenigs. Une 
partie de la fabuleuse collection de Jacques Goudstikker – 1 300 œuvres 
– fut revendue aux nazis à l'initiative de proches collaborateurs de ce 
flamboyant marchand et mécène, mort accidentellement en 1941, sur le 
bateau qui le conduisait en Grande-Bretagne.

Cette injustice-là a été réparée en 2006 seulement, quand l'Etat rendit 
à l'héritière de M. Goudstikker quelque deux cents tableaux dont une 
partie sera prochainement mise en vente à Londres, Amsterdam et New 
York. Le Mauritshuis, le Musée Boijmans et le Bonnefanten (Maastricht) 
durent rendre, au total, une trentaine de tableaux de maîtres.

Jean-Pierre Stroobants
Article paru dans l'édition du 13.04.07

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