[MSN] Le tribunal de Fontainebleau doit résonner aujourd'hui des prénoms en latin de quatre Hollandais accusés d'avoir dirigé l'un des plus vastes trafics d'art en Europe.

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Thu Oct 12 17:15:58 CEST 2006


Antiquaire et trafiquant, tout un art
Après dix ans d'enquête, quatre membres d'un vaste réseau européen
comparaissent aujourd'hui. 
Par Vincent NOCE
QUOTIDIEN : Jeudi 12 octobre 2006 - 06:00
      
Le tribunal de Fontainebleau doit résonner aujourd'hui des prénoms en latin
de quatre Hollandais accusés d'avoir dirigé l'un des plus vastes trafics
d'art en Europe. Conduite il y a une dizaine d'années en coopération avec la
police néerlandaise, l'enquête a pisté, des mois durant, des «gens du
voyage» cambriolant châteaux et grands musées en France, dont le butin était
expédié aux Pays-Bas, plate-forme de recyclage des vases de Sèvres, statues,
candélabres, pendules, sur le marché de l'art.
Premières victimes : le château de Fontainebleau et le musée de la
Renaissance au château d'Ecouen. Mais les suspects auraient aussi attaqué
les châteaux de Compiègne dans l'Oise, de Courances dans l'Essonne, de
Bagatelle à Paris, le musée d'Ile-de-France à Sceaux, ainsi que des
centaines de résidences au fil des années.
Pays-Bas. Au printemps 1996, une information venant des Pays-Bas, reçue par
le commandant Bernard Darties, de l'Office central de répression de lutte
contre le trafic des biens culturels (OCBC), signale la présence de
tapisseries anciennes chez Petrus Schoofs, un antiquaire d'un village près
de Maastricht. Il faut faire vite. Elles sont censées repartir dans les
jours qui suivent. Bernard Darties file aux Pays-Bas. Schoofs est fiché pour
trafic d'ecstasy. Les policiers découvrent chez lui 500 tableaux, objets
d'art et antiquités. Dans le garage : six tapisseries du XVIe siècle et sept
bronzes du XVIe italien, disparus deux semaines plus tôt du château
d'Ecouen. Dans le salon, Bernard Darties découvre deux grands vases de
Sèvres. Signés de l'architecte de Napoléon, Charles Percier, ils ont été
dérobés au château de Fontainebleau.
Un mois plus tard, un brocanteur, Martinius Van Leeuwen est arrêté aux puces
de Saint-Ouen où est retrouvée une pendule Louis XV volée chez l'antiquaire
Guy Bellou. Des visites chez un antiquaire à Amsterdam, Antonius Nahon,
permettent de récupérer des vases et des candélabres du château de
Bagatelle. Chez un autre antiquaire, Franciscus Tanis, ce sont une pendule
Empire de Fontainebleau et d'autres produits de cambriolages, dont une
pendule en bronze dorée dérobée au domicile parisien d'Edmond Alphandéry. La
plupart des objets ne seront cependant pas retrouvés. Inestimables pour le
patrimoine, les pertes se comptent en millions d'euros.
Gitans. Organisés en commandos d'une dizaine d'hommes, les cambrioleurs
défonçaient grilles et portes, sans se soucier des alarmes, investissant les
lieux en quelques minutes ­ à Fontainebleau, en dix minutes, ils avaient
sillonné huit salles. Ils disposaient de matériel de soudure, pour scier des
barreaux, et de levage pour les grands bronzes. Seuls étaient pris les
objets précieux, identifiés à l'avance. Parvenue aux Pays-Bas, la
marchandise repartait très vite, souvent prévendue sur photo, dans le pays,
aux Etats-Unis ou en Allemagne.
Une paire de chenets volés a ainsi été saisie à la Biennale des antiquaires
à Paris et des pendules et objets d'art de Fontainebleau ont resurgi aux
puces de Saint-Ouen emballés dans des journaux hollandais. Le butin de
Compiègne était caché à côté d'un camp gitan près de Versailles.
Une équipe de ce gang serait aussi responsable d'attaques à main armée de
casinos en Basse-Normandie. Certains ont été emprisonnés après le meurtre
d'un gendarme au péage de Senlis en 1996. D'autres pour règlement de comptes
ou proxénétisme. A l'autre bout de la chaîne, il y a les commanditaires
néerlandais. Accusé d'être le grossiste du réseau, Petrus Schoofs purge une
peine dans son pays pour assassinat. Franciscus Tanis, dit «le Moluquois»,
tombeur de filles roulant en Jaguar, a encore ses activités aux puces : il
est accusé d'être le «commercial» du réseau. Van Leeuwen d'avoir été le
«passeur». Antonius Van Hulst est, lui, tenu pour «un des principaux
instigateurs de ce trafic d'oeuvres d'art international». Deux pistolets ont
été retrouvés chez lui.
Interpol . La France partage avec l'Italie le triste privilège d'être la
première victime du vol d'art. Portant sur des milliards d'euros chaque
année, le trafic d'art est considéré par Interpol comme un des plus
importants commerces illicites, avec ceux de la drogue ou des armes.
La France ne s'est pas toujours illustrée dans la procédure du jour. En
1999, fait rarissime, les Pays-Bas acceptaient d'extrader Tanis contre la
promesse d'un procès rapide ; il aura fallu attendre sept ans. Remis en
liberté, il a repris ses activités. Les instructions sur les cambriolages à
travers la France n'ont même pas été centralisées. Quant à la direction des
musées de France, sous le prétexte de «laisser la justice faire son
travail», elle ne dit mot. Deux semaines avant le procès, elle n'avait
toujours pas trouvé d'avocat pour la représenter, dans une procédure ouverte
en 1995.

http://www.liberation.fr/culture/210016.FR.php




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