[MSN] «Serial pilleur» de patrimoine

msn-list at te.verweg.com msn-list at te.verweg.com
Thu Aug 11 20:54:57 CEST 2005


  «Serial pilleur» de patrimoine


*L’histoire vraie du voleur au sac à dos racontée (presque) comme un 
polar. Qui révèle aussi d’autres scandales: la négligence de certains 
musées et les dysfonctionnements de la justice.
*
L'histoire est encore dans toutes les mémoires. Elle avait fait grand 
bruit. La deuxième partie du procès de Stéphane Breitwieser à Mulhouse - 
après son premier jugement à Fribourg et son internement à Bellechasse - 
remonte à quelques mois à peine, que déjà nous est narrée par le menu 
l'incroyable saga de ses sept ans de razzias dans les musées, châteaux 
et églises mal surveillés d'une demi-douzaine de pays d'Europe. Dont 
tout particulièrement la Suisse.


Au total, un butin avoué de 230 œuvres et objets, sur lesquels le jeune 
Alsacien a toujours fait main basse sans effraction et pendant les 
heures de visite, en ouvrant les vitrines ou décrochant les tableaux 
avant de quitter tranquillement les lieux avec sa nouvelle prise dans 
son sac à dos. Et quand elle était trop grande pour y être cachée - 
comme la monumentale tapisserie flamande du château de Gruyères -, elle 
était simplement lancée par la fenêtre et récupérée ensuite.

«J'avais besoin de ces objets oubliés par les autres, et eux ont besoin 
de moi. J'ai agi par amour de l'art», se justifie le «serial pilleur» de 
patrimoine, qui ne regrette certains vols que parce qu'ils étaient de 
moindre qualité. Il lui est même arrivé de jeter des objets qui 
l'avaient déçu. «Je me suis tant fait avoir!» soupire-t-il. Il n'a 
jamais rien revendu. Mais il a fait beaucoup de dégâts en «restaurant» 
grossièrement certaines pièces ou en «rafraîchissant» les couleurs de 
certains tableaux, dont il trouvait que leurs conservateurs ne prenaient 
pas assez soin…

Pourquoi le jeune homme, déjà condamné en Suisse, a-t-il été rejugé en 
France? Souvenez-vous: juste après son arrestation, un promeneur avait 
vu briller quelque chose dans l'eau du canal du Rhin. Sorte de trésor 
des Niebelungen revisité par un inventaire à la Prévert, on y a repêché 
pêle-mêle des statuettes en bois, en ivoire, en céramique ou en bronze, 
un manuscrit médiéval, une trompette, un vitrail cassé, un casque de 
chevalier, une hallebarde, six montres gousset, quelques ostensoirs et 
un anneau doré. La centaine d'objets sauvés des eaux est estimée à 70 
millions de francs. C'est le début d'une vaste enquête policière, qui 
révèle un incroyable roman familial et conduit à la mère du voleur 
compulsif: c'est elle qui a cassé, déchiré et jeté à l'eau ce 
«bric-à-brac de vieilleries».

A partir de la rocambolesque affaire Breitwieser, le journaliste 
culturel à Libération Vincent Noce élargit son enquête pour pointer d'un 
côté la négligence de certains gardiens du patrimoine et de l'autre les 
dysfonctionnements de la justice. C'est vrai, les petits musées n'ont 
pas les moyens d'entretenir un corps de garde pour leur surveillance. 
Mais comment expliquer toutes ces alarmes qui n'ont pas sonné et tous 
ces conservateurs qui n'ont ni déposé plainte ni même réclamé quoi que 
se soit, parce que leurs collections, faute de temps et d'argent, 
n'étaient pas correctement inventoriées? Durant son entraînement au 
chapardage dans des grands magasins, le jeune Alsacien s'était fait 
pincer en flagrant délit. Les supermarchés sont mieux protégés que les 
musées. A la fin de l'année, il sera libre à nouveau.

Le pillage des biens culturels est aujourd'hui l'un des plus importants 
commerces illicites. L'Unesco avance le chiffre de 10 milliards de 
dollars par an. Chaque année, quelque 35 000 objets du patrimoine 
disparaissent. Moins de 10% sont retrouvés. En réalité, les vols dans 
les musées sont assez rares. Les églises et châteaux sont nettement plus 
«visités». Mais la grande masse des vols - 85% - affecte les résidences 
privées. Or la loi ne reconnaît pas l'art. Voler une voiture ou La 
Joconde représente le même délit.

«Le vol d'art est un crime et il devrait être traité comme tel», martèle 
Vincent Noce, en plaidant pour la création d'un organisme européen 
spécialisé, une sorte de FBI de l'art. Sans véritables coopération 
policière et harmonisation juridique, les malfrats ont beau jeu de 
traverser les frontières et de disparaître dans la nature. Le grand 
banditisme sait parfaitement pourquoi il s'intéresse toujours plus à ce 
marché juteux et si mal protégé.

http://www.24heures.ch




More information about the MSN-list mailing list