[CPProt.net] En 2004, 200 églises, 450 châteaux et maisons de maître ont été visités

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En 2004, 200 églises, 450 châteaux et maisons de maître ont été visités 

24 September 2005
Le Figaro

(c) Copyright 2005 Le Figaro. 

Dans les pas de l’antigang du patrimoine 

La France est l’un des pays les plus pillés d’Europe. Chaque année, près de
30 000 objets d’art disparaissent, volés par des gangs spécialisés. Les
policiers de l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels,
l’OCBC, traquent les pillards dans toute l’Europe. 

Il est 7 heures du matin, porte de Vanves. Les brocanteurs finissent de
déballer leurs marchandises. Quelques chineurs cherchent déjà la bonne
affaire. C’est un samedi comme les autres pour les trois cents exposants de
ce marché aux puces du sud de Paris. Parmi les curieux, un homme à l’accent
gascon discute boutique avec un couple d’exposants. En fin connaisseur, il
s’attarde sur une vierge d’Alexandrie, des tableaux de petits maîtres du
XVIIe et des pendules anciennes en bronze doré. Soudain, le ton change. Le
client éclairé exhibe une carte tricolore et exige de voir le « livre de
police », ce registre obligatoire pour les antiquaires qui garantit la
provenance des pièces mises en vente. Le commandant Bernard Darties, chef
adjoint de l’OCBC, a décidé ce matin de faire une descente avec son équipe
dans l’un des trois marchés aux puces de la capitale. Un immense bric-à-brac
qui abrite parfois des receleurs. Dans le stand contrôlé, la tension monte.
Le registre n’est pas à jour, il manque des factures. « On vient de rentrer
ce tableau, on n’a pas eu le temps de l’inscrire sur le livre », se justifie
le marchand. Un des hommes du commandant Darties sort son ordinateur
portable pour vérifier que le tableau ne figure pas dans la base Treima, la
photothèque de l’OCBC, qui répertorie plus de 58 000 objets d’art volés en
France. Fausse alerte. 

Bernard Darties, la cinquantaine gaillarde, est l’un des piliers de l’OCBC.
Avec ses quatorze ans d’ancienneté, c’est un peu la mémoire de l’Office. Cet
ex-flic de l’antiterrorisme connaît toutes les ficelles des trafiquants.
L’OCBC, qui va fêter ses 30 ans cette année, est en France le fer de lance
de la lutte contre le trafic d’art. En dehors de l’Italie, aucun pays au
monde ne dispose d’une force de frappe équivalente. La trentaine de
policiers et de gendarmes de l’Office enquête chaque année sur une centaine
d’affaires. « Le trafic de biens culturels occupe la deuxième place derrière
le trafic de stupéfiants », souligne Bernard Darties. Pour remonter les
filières, l’OCBC peut compter sur une centaine de correspondants au sein des
services de police et de gendarmerie, mais aussi sur INTERPOL, les Douanes
et le ministère de la Culture. 

En France, chaque année, près de 30 000 objets d’art disparaissent. « Avec
l’Italie, c’est le pays le plus pillé d’Europe », s’insurge le colonel de
gendarmerie Roger Lembert, à la tête de l’Office depuis 2003. Et d’expliquer
que l’essentiel des fric-frac a lieu chez les particuliers. Sur les 6 000
vols annuels, 85 % d’entre eux sont commis dans des habitations privées.
D’après les assureurs, la valeur des objets dérobés en 2002 chez des
particuliers atteignait 1,26 milliard d’euros. Riche d’un patrimoine
exceptionnel mais mal protégé, la France est une véritable caverne d’Ali
Baba pour les gangs spécialisés. L’année dernière, près de 200 églises et
450 châteaux et maisons de maître ont été visités. « Un quart d’heure suffit
à une équipe d’une dizaine de voleurs pour vider un château », précise le
commandant Darties. Les commandos sont composés la plupart du temps de gens
du voyage, qui agissent pour le compte de clients étrangers. « Les voleurs
arrivent la nuit avec des camions. Ils forcent la grille du château ou
détruisent carrément le mur d’enceinte avec un engin de chantier ! » Pour
éloigner les chiens, les cambrioleurs utilisent de l’urine de félin,
récupérée dans des cirques. Le temps que l’alarme se déclenche, ils sont
déjà loin. Direction la Belgique ou les Pays-Bas, plaques tournantes du
trafic. 

Une législation non unifiée 

Le Limbourg, un morceau de Belgique coincé contre les Pays-Bas, est le
paradis des receleurs. Dans son chef-lieu de 30 000 ha-bitants, on compte
plus d’antiquaires que de commerces alimentaires. Ici, le livre de police
n’est pas obligatoire et le délit de recel tombe au bout de cinq ans, alors
qu’en France il est imprescriptible. En clair, il suffit de cacher l’objet
volé durant ce délai pour pouvoir le ressortir ensuite sur le marché en
toute légalité. C’est ce qui a failli arriver à la statue équestre de Louis
XIV, dérobée au château de Vaux-le-Vicomte en 1998. Ce bronze signé
Girardon, d’un mètre de haut et d’une valeur de 610 000 euros, a été
retrouvé, deux ans après sa disparition, dissimulé sous la dalle d’un
garage, dans une commune belge proche de la frontière hollandaise. Une
découverte qui couronnait le démantèlement par l’OCBC et les policiers
belges, d’un gang qui avait écumé 600 châteaux français pour le compte d’un
trafiquant hollandais, Cornelius Martens. 

Après s’être refait une virginité entre les mains de receleurs hollandais ou
belges, les objets sont revendus aux quatre coins du monde. « Il n’est pas
rare qu’un tableau volé en France se retrouve dans une vente chez Christie’s
à Londres, ou chez Sotheby’s à New York », précise Bernard Darties. Autant
dire que les hommes de l’OCBC voyagent beaucoup. « Depuis que je travaille
sur les trafics d’art, poursuit-il, j’en suis à une centaine de déplacements
à l’étranger. » Pour démanteler les réseaux internationaux, tous les moyens
sont bons : filatures, écoutes, indics... Les enquêteurs de l’OCBC
s’appuient aussi sur de solides connaissances en histoire de l’art, tous
sont passés par l’Institut d’études supérieures des arts de Paris (IESA).
Régulièrement, ils vont s’immerger dans l’univers de l’Hôtel Drouot,
l’incontournable salle des ventes parisienne. « Ça permet de prendre le
pouls du marché », explique le capitaine Dominique Lambert, jeune recrue de
l’Office. 

Bernard Darties, lui, fait la tournée des antiquaires du quai Voltaire, dans
le VIIe arrondissement de Paris. Rares sont les marchands qui n’ont jamais
eu, à leur insu, un objet volé entre les mains. « Personne n’est à l’abri »,
confirme Guy Ladrière, l’un des grands noms de la profession . Il est
d’autant plus facile pour un particulier de se faire piéger . Une telle
mésaventure est arrivée à Silvio Berlusconi, le président du Conseil
italien. Sa femme a acheté plus de 100 000 euros, chez un antiquaire suisse,
une pendule Louis XVI qui avait été volée au château de Bouges, dans
l’Indre, en 1991. Le receleur belge avait vendu la pendule à un marchand
hollandais, qui l’avait revendue à un marchand allemand, qui lui-même
l’avait revendue au marchand suisse ! L’objet, blanchi par les factures
successives, a tout de même été repéré par l’OCBC. Sauf que Mme Berlusconi,
arguant de sa bonne foi, refuse de rendre la précieuse pendule. 

Et puis il y a les oeuvres qui ne réapparaissent jamais sur le marché,
celles volées par des collectionneurs-cambrioleurs. Stéphane Breitwieser
appartient à cette catégorie. Pendant sept ans, cet Alsacien de 33 ans a
écumé les musées de toute l’Europe, jusqu’à accumuler dans sa chambre 230
oeuvres d’art. En janvier dernier, l’esthète kleptomane a écopé de trois ans
de prison, dont dix-huit mois avec sursis. « Suivant les années, Breitwieser
était responsable, à lui tout seul, de la moitié des vols dans les musées
français, précise le numéro deux de l’OCBC, qui continue d’enquêter. On
pense qu’il a revendu des oeuvres provenant de vols non avoués dans de
grands musées français. » 

Mais le nouveau terrain de chasse des « flics de l’art », c’est l’internet.
Dernièrement, une salière en or massif du XVIe siècle, volée en mai 2003 à
Vienne, est réapparue sur eBay, l’un des plus grands sites américains de
ventes aux enchères. Estimée à 50 millions d’euros, cette pièce
exceptionnelle était mise en vente 140 dollars... 




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