[CPProt.net] En 2004, 200 églises, 450 châteaux et maisons de maître ont été visités
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Fri Sep 30 13:41:41 CEST 2005
En 2004, 200 églises, 450 châteaux et maisons de maître ont été visités
24 September 2005
Le Figaro
(c) Copyright 2005 Le Figaro.
Dans les pas de lantigang du patrimoine
La France est lun des pays les plus pillés dEurope. Chaque année, près de
30 000 objets dart disparaissent, volés par des gangs spécialisés. Les
policiers de lOffice central de lutte contre le trafic de biens culturels,
lOCBC, traquent les pillards dans toute lEurope.
Il est 7 heures du matin, porte de Vanves. Les brocanteurs finissent de
déballer leurs marchandises. Quelques chineurs cherchent déjà la bonne
affaire. Cest un samedi comme les autres pour les trois cents exposants de
ce marché aux puces du sud de Paris. Parmi les curieux, un homme à laccent
gascon discute boutique avec un couple dexposants. En fin connaisseur, il
sattarde sur une vierge dAlexandrie, des tableaux de petits maîtres du
XVIIe et des pendules anciennes en bronze doré. Soudain, le ton change. Le
client éclairé exhibe une carte tricolore et exige de voir le « livre de
police », ce registre obligatoire pour les antiquaires qui garantit la
provenance des pièces mises en vente. Le commandant Bernard Darties, chef
adjoint de lOCBC, a décidé ce matin de faire une descente avec son équipe
dans lun des trois marchés aux puces de la capitale. Un immense bric-à-brac
qui abrite parfois des receleurs. Dans le stand contrôlé, la tension monte.
Le registre nest pas à jour, il manque des factures. « On vient de rentrer
ce tableau, on na pas eu le temps de linscrire sur le livre », se justifie
le marchand. Un des hommes du commandant Darties sort son ordinateur
portable pour vérifier que le tableau ne figure pas dans la base Treima, la
photothèque de lOCBC, qui répertorie plus de 58 000 objets dart volés en
France. Fausse alerte.
Bernard Darties, la cinquantaine gaillarde, est lun des piliers de lOCBC.
Avec ses quatorze ans dancienneté, cest un peu la mémoire de lOffice. Cet
ex-flic de lantiterrorisme connaît toutes les ficelles des trafiquants.
LOCBC, qui va fêter ses 30 ans cette année, est en France le fer de lance
de la lutte contre le trafic dart. En dehors de lItalie, aucun pays au
monde ne dispose dune force de frappe équivalente. La trentaine de
policiers et de gendarmes de lOffice enquête chaque année sur une centaine
daffaires. « Le trafic de biens culturels occupe la deuxième place derrière
le trafic de stupéfiants », souligne Bernard Darties. Pour remonter les
filières, lOCBC peut compter sur une centaine de correspondants au sein des
services de police et de gendarmerie, mais aussi sur INTERPOL, les Douanes
et le ministère de la Culture.
En France, chaque année, près de 30 000 objets dart disparaissent. « Avec
lItalie, cest le pays le plus pillé dEurope », sinsurge le colonel de
gendarmerie Roger Lembert, à la tête de lOffice depuis 2003. Et dexpliquer
que lessentiel des fric-frac a lieu chez les particuliers. Sur les 6 000
vols annuels, 85 % dentre eux sont commis dans des habitations privées.
Daprès les assureurs, la valeur des objets dérobés en 2002 chez des
particuliers atteignait 1,26 milliard deuros. Riche dun patrimoine
exceptionnel mais mal protégé, la France est une véritable caverne dAli
Baba pour les gangs spécialisés. Lannée dernière, près de 200 églises et
450 châteaux et maisons de maître ont été visités. « Un quart dheure suffit
à une équipe dune dizaine de voleurs pour vider un château », précise le
commandant Darties. Les commandos sont composés la plupart du temps de gens
du voyage, qui agissent pour le compte de clients étrangers. « Les voleurs
arrivent la nuit avec des camions. Ils forcent la grille du château ou
détruisent carrément le mur denceinte avec un engin de chantier ! » Pour
éloigner les chiens, les cambrioleurs utilisent de lurine de félin,
récupérée dans des cirques. Le temps que lalarme se déclenche, ils sont
déjà loin. Direction la Belgique ou les Pays-Bas, plaques tournantes du
trafic.
Une législation non unifiée
Le Limbourg, un morceau de Belgique coincé contre les Pays-Bas, est le
paradis des receleurs. Dans son chef-lieu de 30 000 ha-bitants, on compte
plus dantiquaires que de commerces alimentaires. Ici, le livre de police
nest pas obligatoire et le délit de recel tombe au bout de cinq ans, alors
quen France il est imprescriptible. En clair, il suffit de cacher lobjet
volé durant ce délai pour pouvoir le ressortir ensuite sur le marché en
toute légalité. Cest ce qui a failli arriver à la statue équestre de Louis
XIV, dérobée au château de Vaux-le-Vicomte en 1998. Ce bronze signé
Girardon, dun mètre de haut et dune valeur de 610 000 euros, a été
retrouvé, deux ans après sa disparition, dissimulé sous la dalle dun
garage, dans une commune belge proche de la frontière hollandaise. Une
découverte qui couronnait le démantèlement par lOCBC et les policiers
belges, dun gang qui avait écumé 600 châteaux français pour le compte dun
trafiquant hollandais, Cornelius Martens.
Après sêtre refait une virginité entre les mains de receleurs hollandais ou
belges, les objets sont revendus aux quatre coins du monde. « Il nest pas
rare quun tableau volé en France se retrouve dans une vente chez Christies
à Londres, ou chez Sothebys à New York », précise Bernard Darties. Autant
dire que les hommes de lOCBC voyagent beaucoup. « Depuis que je travaille
sur les trafics dart, poursuit-il, jen suis à une centaine de déplacements
à létranger. » Pour démanteler les réseaux internationaux, tous les moyens
sont bons : filatures, écoutes, indics... Les enquêteurs de lOCBC
sappuient aussi sur de solides connaissances en histoire de lart, tous
sont passés par lInstitut détudes supérieures des arts de Paris (IESA).
Régulièrement, ils vont simmerger dans lunivers de lHôtel Drouot,
lincontournable salle des ventes parisienne. « Ça permet de prendre le
pouls du marché », explique le capitaine Dominique Lambert, jeune recrue de
lOffice.
Bernard Darties, lui, fait la tournée des antiquaires du quai Voltaire, dans
le VIIe arrondissement de Paris. Rares sont les marchands qui nont jamais
eu, à leur insu, un objet volé entre les mains. « Personne nest à labri »,
confirme Guy Ladrière, lun des grands noms de la profession . Il est
dautant plus facile pour un particulier de se faire piéger . Une telle
mésaventure est arrivée à Silvio Berlusconi, le président du Conseil
italien. Sa femme a acheté plus de 100 000 euros, chez un antiquaire suisse,
une pendule Louis XVI qui avait été volée au château de Bouges, dans
lIndre, en 1991. Le receleur belge avait vendu la pendule à un marchand
hollandais, qui lavait revendue à un marchand allemand, qui lui-même
lavait revendue au marchand suisse ! Lobjet, blanchi par les factures
successives, a tout de même été repéré par lOCBC. Sauf que Mme Berlusconi,
arguant de sa bonne foi, refuse de rendre la précieuse pendule.
Et puis il y a les oeuvres qui ne réapparaissent jamais sur le marché,
celles volées par des collectionneurs-cambrioleurs. Stéphane Breitwieser
appartient à cette catégorie. Pendant sept ans, cet Alsacien de 33 ans a
écumé les musées de toute lEurope, jusquà accumuler dans sa chambre 230
oeuvres dart. En janvier dernier, lesthète kleptomane a écopé de trois ans
de prison, dont dix-huit mois avec sursis. « Suivant les années, Breitwieser
était responsable, à lui tout seul, de la moitié des vols dans les musées
français, précise le numéro deux de lOCBC, qui continue denquêter. On
pense quil a revendu des oeuvres provenant de vols non avoués dans de
grands musées français. »
Mais le nouveau terrain de chasse des « flics de lart », cest linternet.
Dernièrement, une salière en or massif du XVIe siècle, volée en mai 2003 à
Vienne, est réapparue sur eBay, lun des plus grands sites américains de
ventes aux enchères. Estimée à 50 millions deuros, cette pièce
exceptionnelle était mise en vente 140 dollars...
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