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Fri May 13 06:46:21 CEST 2005


 Belgique, plaque tournante du vol d'art
Guy Duplat

Mis en ligne le 12/05/2005
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Le constat n'est pas nouveau, mais il reste criant: la Belgique est une
plaque tournante dans le vol d'oeuvres d'art et les gouvernements tardent à
prendre la mesure des choses. Cette conclusion cinglante est répétée
aujourd'hui avec force par Vincent Noce, dans son livre «La Collection
égoïste» éditée chez JC Lattès. Journaliste à «Libération», il a longuement
enquêté sur la mafia de l'art et il vient de rédiger un ouvrage sur la folle
aventure de Stéphane Breitwieser. Ce jeune Alsacien avait défrayé la
chronique il y a quelques années. On va découvrir qu'il avait volé près de
200 objets d'art, parfois de très grande valeur dans plus de 170 musées,
châteaux et églises, de France, de Suisse et de Belgique. Pour une valeur
totale de plus de 10 millions d'euros. Sa mère, apprenant son arrestation,
s'est alors empressée de détruire tous les tableaux volés et de jeter dans
la Moselle des dizaines d'objets précieux afin d'effacer toutes traces des
larcins de son fils.

Stéphane Breitwieser, sorte de kleptomane maladif, devenu expert en art et
en argenterie, purge actuellement une peine de prison en France après avoir
été dans les geôles suisses.

Au-delà du cas exceptionnel et névrotique de ce jeune amoureux d'art, le
livre montre à quel point le vol est facile. Pas tant dans les grands
musées, mais surtout dans les petits musées, les châteaux et les églises.
Stéphane Breitwieser a même pu accaparer des pièces de très grande taille
comme cette tapisserie ancienne qu'il a jetée dans les douves d'un château
avant de la récupérer le soir venu. Lors de son procès, il a même tiré
argument de cette facilité pour réclamer la clémence des juges: souvent, il
suffit d'enlever une petite vis ou de soulever une vitre pour s'emparer
d'objets précieux qui ne sont protégés par aucune alarme et aucune caméra.

Le livre montre aussi que ces faits divers pourraient aussi être liés à un
phénomène bien plus inquiétant encore: la vraie mafia de l'art qui brasse
des milliards d'euros chaque année et qui écume autant les pays africains
que les églises européennes.

De passage à Bruxelles, Vincent Noce fustige le laxisme belge en la matière.
La liste des vols commis en Belgique est impressionnante et comprend des
tableaux importants comme un Brueghel et deux oeuvres Jan Van Kessel.
Pourtant dit-il, lors du procès de Strasbourg, l'Etat belge ne s'est pas
associé à l'accusation. Il n'y eut jamais de mandat international lancé par
la Belgique contre ce voleur. Les musées belges se sont contentés d'être
parties civiles au procès de Strasbourg et de réclamer - sans doute en vain
- des compensations financières. «Pourtant, dit-il, un procès pénal belge
aurait été un signal important, un avertissement, qui aurait participé à la
réparation symbolique. A contrario, n'avoir rien fait est un mauvais signal
qui indique un désintérêt et une absolution du vol.» Dans son livre, il
écrit: «Le vol d'art est perçu comme un passe-temps sans conséquences
d'amateurs qui se moquent avec élégance des autorités.»

C'est d'autant plus dommageable que tout n'est pas clair dans le cas de
Stéphane Breitwieser. Il est possible qu'il ait revendu certains tableaux ou
qu'il en ait caché et qu'ils réapparaîtront un jour.

L'autre problème soulevé par Vincent Noce est celui de la dysharmonie des
législations européennes. Les voleurs d'art jouant des frontières pour mieux
échapper aux recherches. Il signale le cas d'une bande de Gitans qui vient
d'être démantelée en France et qui avait systématiquement cambriolé les
châteaux et maisons privées, transférant leur butin dans cet hinterland du
Limbourg belge et hollandais où règnent des trafiquants aux noms connus, dit
Vincent Noce, comme Cornelius Maartens ou Jacob Tanis dit «Le Moluquois».
Dans ce contexte, la Belgique est un lieu idéal pour les trafiquants. La
convention de l'Unesco sur la sauvegarde du patrimoine n'est toujours pas
ratifiée et celle dite «Unidroit» encore moins. Un bien protégé dans un pays
mais qui est volé et qui réapparaît chez nous, peut être revendu en toute
impunité. Il n'y a pas de registres obligatoires des achats et ventes. Plus
grave, souligne Vincent Noce, le recel d'oeuvre d'art est prescrit en
Belgique après cinq ans. Un objet ou un tableau volé et caché pendant cinq
ans peut réapparaître à la vente en toute impunité alors qu'en France, le
recel est un délit continu.

Un livre salutaire pour rappeler qu'il faut prendre au sérieux cette
criminalité et oeuvrer à délivrer la Belgique de cette triste réputation de
plaque tournante du crime dans l'art.

La Libre Belgique 2005






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