[CPProt.net] Des châteaux fort mal assurés contre les pillards
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Fri May 6 14:04:22 CEST 2005
PATRIMOINE Par peur du fisc, manque de moyens ou ignorance, les
propriétaires ne sont pas protégés
Des châteaux fort mal assurés contre les pillards
Thierry Portes
[06 mai 2005]
Bien que parmi les plus cambriolés d'Europe, les châteaux, vieilles demeures
et manoirs français ne sont que très rarement assurés. Une récente étude du
courtier Gras Savoye, portant sur un échantillon de son portefeuille
d'environ 3 000 monuments privés inscrits ou classés, vient à nouveau de le
confirmer.
D'après cette enquête, 90% des adhérents de Gras Savoye sont ainsi
«sous-assurés», 98% ne le sont pas pour leurs parcs et jardins, quand 80% ne
le sont pas contre le vol et l'incendie de leurs meubles et objets d'art.
Cette absence de protection, qui chagrine les professionnels de l'assurance,
handicape également le travail des trente-cinq fonctionnaires de l'OCBC,
l'Office central de lutte contre le trafic de biens culturels.
Chaque année, l'OCBC fait face à 6 000 vols, ce qui représente entre 30 000
à 40 000 objets d'art de diverses valeurs dérobés. Les oeuvres volées le
sont rarement dans des musées ou des lieux de culte : en 2004, ce sont près
de 4 634 particuliers qui ont été dépouillés et 451 châteaux et demeures de
caractère.
Le commandant Edmond Darties, qui codirige l'OCBC, a déjà eu l'occasion de
présenter un état des lieux pour le moins préoccupant. La France, l'Italie
et, dans une moindre mesure, l'Espagne et la Grèce sont les pays les plus
touchés par les vols d'objets d'art. La revente s'effectue en Belgique, aux
Pays-Bas ou au Royaume-Uni, où les législations, notamment sur le recel,
sont moins sévères. Ainsi en deux ou trois jours, un meuble ou un tableau de
prix a généralement quitté l'Hexagone, et dans 80% des cas ils ne seront pas
récupérés par leurs propriétaires, faute de preuves irréfutables.
C'est là qu'assureurs et policiers se rejoignent pour faire pression sur les
propriétaires d'oeuvres d'art. Car rares sont ces derniers capables de
fournir une photographie de leur bien disparu. «L'arrivée du numérique
changera peut-être la donne», veut croire un membre de l'OCBC, qui rêve
d'obtenir via le Net des photographies, de les entrer dans la base de
données de l'office central et de la diffuser rapidement, afin de pouvoir
éventuellement bloquer à la frontière l'oeuvre tout juste volée.
Pour l'heure, il s'agit d'un voeu pieu. La réticence des propriétaires à
inventorier leur patrimoine est bien trop grande. Sans l'excuser, Christian
de Luppée, parmi les responsables de l'association des Demeures historiques
qui regroupe quelque 3 000 propriétaires, avance plusieurs explications à
cet état d'esprit. «Il y a peu encore, souligne-t-il, les assureurs se
devaient de communiquer à l'administration le montant des oeuvres d'art
expertisées.» Cette disposition vient certes d'être supprimée, mais elle
demeure toujours un «frein psychologique» car, rappelle Christian de Luppée,
«cette mesure était redoutable à cause de l'ISF», l'impôt sur la fortune. Ne
pas assurer des oeuvres d'art contre le vol est également le plus sûr moyen
d'échapper aux droits de succession.
«C'est vrai, concède Isabelle Pabion, responsable de l'association des
Vieilles Maisons françaises (environ 18 000 adhérents), les Français se
méfient du fisc et d'un État qu'il juge inquisiteur. Mais aussi,
ajoute-t-elle, bon nombre de familles n'imaginent pas que le mobilier ou le
tableau qu'ils côtoient depuis leur enfance a une si grande valeur. C'est
parfois par ignorance que l'on ne s'assure pas.»
«Et puis pendant longtemps, poursuit Christian de Luppée, les primes
d'assurances n'ont pas été déductibles des revenus fonciers. Ce qui vient de
changer, pour les propriétés ouvertes au public.» Une disposition dont seuls
Français et Belges bénéficient.
La peur du fisc ne peut cependant pas tout expliquer. La vérité est plus
simple : bon nombre de propriétaires peinent à entretenir leur château ou
demeure classée. Une fois payées les assurances contre l'incendie et les
dégâts des eaux, la famille croise les doigts pour qu'aucun autre dommage
éventuel ne survienne. Pas moyen de faire autrement, surtout depuis 1999,
l'année de la tempête, suite à laquelle les assureurs ont fortement augmenté
leurs primes...
Daniel Voisin qui, comme courtier en assurance, est en charge de cinq à six
cents propriétés situées principalement sur le Grand Ouest et le Centre,
détaille les deux publics auquel il se trouve désormais confronté : «Vous
avez, d'abord, les vieilles familles de l'aristocratie ou de la grande
bourgeoisie française, qui ont souvent du mal à assumer le train de vie de
leur demeure, y compris à payer de lourds frais de chauffage. Et puis,
ajoute Daniel Voisin, vous avez une nouvelle catégorie de propriétaires :
des Français ou, de plus en plus souvent, des étrangers Américains,
Anglais, Allemands. Ceux-ci ont plus d'argent, ils sont souvent dans les
affaires et ont l'habitude des contrats.» Si les premières familles
rechignent à dépenser 2 500 euros pour une assurance, «les seconds, dit-il,
n'hésitent pas à signer des primes de 8 000 à 15 000 euros».
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