[CPProt.net] En Afghanistan, le pillage est devenu systématique / sytematic looting of Afghan cultural heritage

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Tue Mar 1 06:51:10 CET 2005


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: Le pillage du patrimoine afghanEditos, Analyses, Presse
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« En Afghanistan, le pillage est devenu systématique »
Roland Besenval, archéologue

++ Translation of text below: http://snipurl.com/d4lx ++


Sciences et Avenir, Mars 2005

En vingt ans, le patrimoine archéologique afghan a connu une véritable
hémorragie. Pour le directeur de la Délégation archéologique française,
l’urgence est absolue. Il suggère de conditionner les programmes de
développement à la protection des sites.

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En 2001, la destruction des deux bouddhas géants de Bamiyan, en Afghanistan,
a frappé tous les esprits. Depuis, le site a reçu le soutien de l’Unesco, et
1,8 million de dollars vient de lui être attribué. A quoi cet argent est-il
destiné ? 


Il y a un important programmes de consolidation de la falaise fissurée lors
de la destruction des bouddhas, ainsi qu’un travail de protection de ses
niches et grottes bouddhiques. La mise en valeur de la vallée de Bamiyan et
un musée sont aussi à l’ordre du jour. Je ne me fais pas trop de souci pour
ce site. Je m’en fais davantage pour le reste du pays dont personne ne
parle.

Vous dites être inquiet
 Quel rôle peut jouer la Délégation archéologique
française en Afghanistan (Dafa) que vous dirigez ?

La France a, depuis 1922, une longue tradition de coopération archéologique
avec ce pays. Mais en 1982, en raison des évènements politiques, tout a dû
être interrompu : les activités de la Dafa ont été stoppées et son centre de
Kaboul fermé. A l’automne 2001, après le départ des talibans, il était dans
la logique des choses que la coopération archéologique avec la France soit
l’une des priorités demandées par les autorités afghanes. Mais elle voit ses
urgences réorientées. En vingt ans, le patrimoine archéologique afghan a en
effet subi une hémorragie inimaginable. Le pillage a tout modifié. Il y a
une urgence absolue en la matière.

Il y a, dites-vous, des destructions de sites très importantes ?

J’étais récemment dans la région de Tash-kurgan, dans le nord du pays. En
arrivant sur le sommet des sites, on voyait des centaines – je dis bien des
centaines – de pillards. Quand je leur ai demandé ce qu’ils faisaient là,
ils m’ont répondu : « Je n’ai pas de travail » ou « IL n’y a pas d’eau pour
les cultures ». Cette économie de la misère profite surtout aux
intermédiaires et aux commanditaires, pas aux villageois. Une nouvelle route
d’exportation à partir du Pakistan s’est ouverte par Gwadar vers Dubai, au
moyen des vedettes rapides utilisées pour le trafic de l’héroïne. 

Devant ce phénomène du pillage qui ravage le matrimoine de tous les pays des
confins indo-iraniens, nos sociétés occidentales ne veulent en rien assumer
la responsabilité du consommateur. Sans demande, il n’y aurait pas d’offre.
Vision utopiste ? La mollesse dans la réponse de nos sociétés face à cette
catastrophe culturelle est assez significative. Il n’y a pas chez le
consommateur de « dégâts collatéraux » qui, eux ont lieu en amont. C’est la
différence avec la drogue, où c’est la société du consommateur, en aval, qui
subit majoritairement les dégâts, et s’en prend alors au secteur de
production en amont. Mais les réseaux de trafic sont les mêmes.

Pour nous, archéologues, un autre problème majeur se pose, celui de l’objet
pillé. Lorsqu’il est sorti de son contexte, 99 % de l’information
scientifique sont définitivement perdus. A quoi bon peupler les musées de
spectres du passé ?

Le pillage n’a-t-il pas toujours existé en Afghanistan ?

Si, mais celui que l’on peut qualifier de ciblé et systématique, disons
économique, a été organisé à partir de 1992, du temps des chefs de guerre.
C’est-à-dire « après » les Soviétiques, et « avant » les talibans. Le site
grec d’Aï Khanoum a été pillé à partir de ces années-là. Aujourd’hui, le
pillage n’a pas diminué. Ce qui est déprimant, c’est son aspect
systématique.

Par où passe le trafic d’antiquités ?

Il semble que la plaque tournante soit toujours Peshawar, au Pakistan. Dans
l’urgence actuelle, la seule solution envisageable serait de conditionner
tout programme de développement à la protection du patrimoine archéologique
par les responsables locaux (chefs de villages, commandants, 
). C’est
l’opération que nous avons lancée cet automne sur le site de Tépé Zargaran à
Bactres. C’est également ce que nous essayons de faire comprendre, non pas
aux autorités afghanes, qui en ont parfaitement conscience, mais aux
responsables internationaux et gestionnaires des opérations de
développement. Pour eux, ce problème n’est pas prioritaire. « On verra cela
après » , disent-ils. Mais après quoi ? Il ne restera plus rien. Pour le
nord du pays, il est déjà trop tard.

De part les fonctions qu’ils occupent, ces gens sont pourtant avertis ?

Oui, on pourrait penser qu’ils le sont 
 J’ai dû être très naïf.

N’y a-t-il pas de programme de formation pour les gardiens de site ?

Le gouvernement afghan est en train de mettre sur pied une brigade de 500
hommes spécialisés dans le gardiennage des sites archéologiques. Une
centaine aurait déjà été formée. Mais les moyens financiers sont plus que
réduits. Pas d’équipements, des salaires modestes et un pays immense. Notre
problème et le temps. Le pillage est devenu une économie de substitution
potentielle pour chaque chômeur.

On a vu des images désolantes du Musée national de Kaboul. Que s’est-il
exactement passé ?

Tout ce qui était exposé au musée de Kaboul a été pillé, bombardé, brûlé.
Mais depuis quelque temps, on s’aperçoit qu’une bonne partie des collections
que l’on croyait disparues avait, en réalité , été protégée. Nous avons par
exemple participé cette année à l’inventaire des objets retrouvés dans les
coffres-forts du palais royal, tel le fameux trésor de Tilia Tepe. A
également ressurgi une partie des ivoires de Bagram que l’on croyait perdus.
En fait, certaines collections ont pu être sauvées par des fonctionnaires du
musée. Il faut remercier ces gens qui ont pris des risques énormes.

J’ai pu comprendre que les Afghans ne tenaient pas non plus à tout ressortir
maintenant. Ils ne possèdent pas de structures sécurisées pour de tels
trésors. Alors pour l’instant, les objets remontant au compte-gouttes. 

Et en dehors de ce pays, où se trouvent les plus importantes collections
d’art afghan ?

A Paris, la collection du musée Guimet est la plus importante du monde.

Pendant des décennies, la France a eu ce que certains ont appelé un droit «
exorbitant », celui de l’exclusivité de la recherche archéologique en
Afghanistan. Comment avait-il été attribué ?

En 1922, le roi Amanullah avait ouvert une nouvelle ère politique en
demandant à la France de s’occuper de la recherche archéologique sur son
territoire, resté jusque-là inaccessible aux étrangers. Dès l’origine, cette
collaboration était donc une volonté du gouvernement afghan. L’exclusivité
des recherches archéologiques avait effectivement été attribuée à la France
dans la première convention archéologique franco-afghane, mais cette
situation a changé après la Seconde guerre mondiale.

Quelles nations travaillent aujourd’hui en Afghanistan ?

Les archéologues allemands, avec qui nous avons d’ailleurs un programme
commun sur Herat. Il y a aussi nos collègues italiens. Il faut également
rappeler le travail considérable effectué par l’ONG Spach (Society for the
Protection of Afghanistan’s Cultural Heritage) qui travaille sur le
sauvetage du patrimoine. Une mission japonaise se trouve à Bamiyan. Mais
pour l’instant, et, je dirais malheureusement, la Dafa est l’unique mission
archéologique permanente.

Les Japonais sont les plus gros donateurs de l’Unesco, et l’Afghanistan a
une énorme importance pour eux. Pourquoi ?

Ils focalisent leur aide sur des secteurs qui les concernent culturellement.
Ils s’intéressent surtout à l’histoire bouddhique de l’Afghanistan. Pour
eux, Bamiyan est donc un des grands centres à préserver.

Et les Américains ?

Il faut plutôt parler de notre unique collègue présent au titre de la
National Geographic Society, l’archéologue Fredrik Hiebert.

Les medias anglos-saxons ont annoncé une prochaine exposition des trésors
afghans aux Etats-Unis. La France semblait avoir émis le même souhait. Qu’en
est-il ?

La National Geographic Society a totalement financé les frais
d’enregistrement des trésors provenant des coffres-forts du palais royal à
Kaboul. Le ministère de la Culture afghan a en effet souhaité faire, avant
toute chose, un inventaire des collections. Durant plusieurs mois, des
spécialistes, dont des Français de la Dafa et du musée Guimet, se sont ainsi
réunis dans les caves du Palais. Une quinzaine de personnes se trouvaient
dans la pièce : des représentants des autorités, des experts et des gardes.
Les coffre-forts étaient ouverts devant au burin : chaque objet était sorti
devant huissier, identifié, décrit, enregistrés, filmé, et enfin conditionné
pour rejoindre de nouveaux coffres. Mais nous avions l’interdiction de
prendre des photos – y compris le National Geographic Magazine !

Cela fut un travail considérable, conduit sous la responsabilité d’Omara
Khan Massoudi, directeur du musée de Kaboul. Du fait de son importante
contribution financière, le National Geographic devrait être le premier à
présenter l’exposition de ces trésors. Laquelle viendra ensuite en France.
Mais pour l’instant, tout cela est encore assez flou. Aucun accord ou date
n’ont été fixés. Ni pour les Etats-Unis, ni pour la France.

Dans un pays où les trois quarts des 22 millions d’habitants sont
analphabètes, comment la population appréhende-t-elle son histoire ?

La tradition orale est très importante. Et leur histoire, les Afghans la
connaissent à leur façon. Magnifiée, mi-conte mi-légende, elle est très
souvent le sujet des conversations qui baignent les longues soirées d’hiver
autour du thé.

Cette population a énormément souffert. Que peut représenter, pour elles, la
notion de protection du patrimoine ? Vous aviez rencontré le commandant
Massoud, quel était son état d’esprit à ce sujet ?

J’avais évoqué ce problème avec lui lors d’une rencontre à Khwaja Bahauddin.
Il avait parfaitement conscience de l’importance du patrimoine pour
l’identité culturelle du pays. Pendant la guerre, dans la vallée du Panshir,
il n’était pas question de toucher aux vestiges archéologiques. Massoud
faisait arrêter pilleurs et trafiquants. Dans les zones qu’il contrôlait via
des commandants locaux, il lui était plus difficile, en temps de guerre,
d’en exiger autant de ses alliés. Ce fut par exemple le cas d’Aï Khanoum.
Dès sa mort
 les pillages se sont étendus de plus belle. Lors d’une réunion,
j’ai pu entendre des Afghans dire : « Maintenant que Massoud n’est plus là,
les petits commandants ne se gênent plus
 » C’est un des rares, sinon le
seul que j’ai connu, qui avait cette conscience politique du patrimoine.

Depuis, beaucoup de commandants de l’Alliance du Nord ont trahi sa mémoire 


Sauf quelques-uns, dont un ami qui nous aide énormément. Il veille à notre
sécurité. Quand la situation dans un secteur n’est pas sûre, il nous le fait
savoir. Il souhaiterait lui aussi que les objets restent en Afghanistan et
que des musées soient construits pour les générations futures, ainsi que
pour les touristes que tous les Afghans aimeraient voir revenir. Mais en
même temps, il a si peu confiance en ce qui se passe dans la capitale
 Il
faut quand même être bien conscient que les antiquités, c’est comme les
émeraudes, le lapis-lazuli ou la drogue, cela sert à acheter des armes.

Propos recueillis par Bernadette Arnaud
Photos : Denis Dailleux/ Vu pour Sciences et Avenir.

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Nommé à la tête de la prestigieuse Dafa (Délégation archéologique française
en Afghanistan), rouverte à Kaboul en 2002, Roland Besenval a commencé à
travailler en Iran et en Afghanistan dès les années 1970 grâce à sa
connaissance du persan. Après être passé par Beyrouth (Libazn), puis New
Delhi (Inde), ce docteur en archéologie a intégré le CNRS en 1984. Il est
aujourd’hui directeur de recherche, avant de se rendre au Tadjikistan et au
Pakistan, pays dans lesquels il continue à diriger d’importantes missions
archéologiques.


Translation of the above:
http://snipurl.com/d4lx

 

	




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