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Sat Jan 29 17:56:30 CET 2005


«Saisie exceptionnelle» d'art africain d'une «valeur inestimable»

Nicolas Gubert

Agence France-Presse

Paris

Dents de dinosaures, poteries, pointes de flèches: une «saisie
exceptionnelle» d'art africain d'une «valeur inestimable», en provenance du
Niger et à destination de la Belgique, a été dévoilée par les douanes samedi
à l'aéroport parisien de Roissy où plus de 800 pièces ont été découvertes en
transit.

Cette saisie, effectuée le 6 janvier, compte 845 pièces pour un poids de 503
kilos, qui couvrent «quasiment toute l'histoire et la préhistoire de
l'Afrique», selon Marie-Hélène Moncel, chercheuse au CNRS et experte en
préhistoire auprès du Muséum national d'Histoire naturelle.

Parmi ces pièces, 668 pierres taillées ou objets en pierre datent pour la
plupart du néolithique (8000 à 6000 ans avant notre ère) et pour certaines
de l'acheuléen (ère secondaire, soit 1,6 million à 200 000 ans avant notre
ère). Encore plus ancien, des ossements fossilisés de dinosaures, de plus de
70 millions d'années.

Beaucoup plus récentes, vingt-neuf poteries et neuf figurines en terre cuite
provenant du système de Bura, à cheval entre le Niger et la partie orientale
du Burkina-Faso et dont la datation se situe entre le IIe et le XIe siècle.

Ces dernières figurent sur la liste rouge du Conseil international des
Musées qui reprend les objets les plus touchés par le pillage et le vol et
interdits d'exportation.


Si l'avion qui transportait ces pièces a bien été «ciblé» par la cellule
fret des douanes de Roissy, cette découverte comporte «une part de chance»,
reconnaît Xavier Villaume, un des douaniers qui a découvert le trésor.

«Au départ, nous cherchions des stupéfiants. La déclaration en douanes de la
cargaison comportait l'appellation «objets d'artisanat africain», sous
laquelle on peut trouver aussi bien des stupéfiants, que des espèces
d'animaux protégées ou des objets de ce type», explique-t-il.

Marie-Hélène Moncel parle d'un «gros gâchis» en termes archéologiques»
puisque ces objets ont été retirés de leurs sites d'origine et qu'on ne
pourra donc pas les dater précisément et les étudier de manière optimale.

«Le préjudice est énorme, tous les sites qui ont été pillés sont des sites
perdus», a-t-elle expliqué, avant de préciser que ces objets «n'ont plus de
sens archéologique».

Leur valeur historique reste toutefois «inestimable», selon la direction
générale des douanes, qui précise que la valeur à la revente est «impossible
à établir, ces objets ne sont pas cotés, tout dépend de l'offre et de la
demande».

Les auteurs du trafic n'ont pas encore été inquiétés. «Nous attendons que le
Niger délivre une commission rogatoire internationale et ensuite l'enquête
pourra réellement démarrer», a confié la direction des douanes.

Le ministre du Budget et porte-parole du gouvernement Jean-François Copé est
venu saluer cette «saisie exceptionnelle».

Il a annoncé que tous ces objets seraient, après expertise, restitués à leur
pays d'origine, soulignant qu'ils «appartiennent au patrimoine de
l'humanité».Il a souligné l'importance de la «coopération européenne» en
matière de lutte contre les trafics de toutes sortes et ajouté que les
auteurs du trafic seraient sanctionnés «de fortes amendes et de peines
d'emprisonnement».




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