[CPProt.net] Les églises de France toujours aussi vulnérables aux vols d'objets d'art
MSN CPPnet (Ton Cremers)
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Wed Aug 17 17:55:39 CEST 2005
Les églises de France toujours aussi vulnérables aux vols d'objets d'art
LE MONDE | 17.08.05 | 13h54 • Mis à jour le 17.08.05 | 13h54
e vol a vraisemblablement été perpétré pendant le baptême. Le samedi 23
juillet, deux statues en bois de sainte Anne (XVe siècle) et saint Joseph
(XVIIe siècle) ont été dérobées dans l'église Saint-Jacques du Haut-pas,
dans le 5e arrondissement de Paris.
Ce forfait s'ajoute aux quarante-deux lieux déjà visités en France lors du
premier semestre 2005. Un chiffre en baisse depuis trois ans (après un
record en 2002 : 365 lieux visités), mais qui continue d'inquiéter la
police.
"Ce n'est pas le nombre de biens culturels volés qui importe, c'est leur
valeur patrimoniale, précise Stéphane Théfo, capitaine de police détaché au
ministère de la culture. Si, l'an prochain, on ne vole qu'un tableau et que
c'est la Joconde, la perte sera inestimable, même si statistiquement les
vols seront en régression."
La valeur patrimoniale des 200 000 objets d'art répertoriés dans les églises
françaises va bien au-delà d'une quelconque valeur marchande. Ils ont une
valeur spirituelle, car ils sont liés au culte. Statues en bois polychrome,
angelots, éléments de retable sont les cibles principales des vols. Et les
tableaux bien sûr. Comme cette Résurrection de Lazare signée Joseph-Marie
Vien, découpée au cutter dans l'église Saint-Roch à Paris 1er
arrondissement) en août 2004, et retrouvée il y a peu à Vienne en Autriche,
selon l'archevêché de Paris.
Ce sont soit des vols d'opportunité, réalisés de jour par des particuliers
profitant de l'absence de gardien ; soit de plus gros cambriolages, de nuit,
pour alimenter le trafic. Les voleurs s'emparent d'œuvres et d'objets bien
précis, car ils connaissent ce que réclament le marché et le receleur.
Les filières étrangères, notamment les Pays-Bas, la Belgique et l'Italie,
sont les plus demandeuses d'art religieux. Notamment en raison de leur
législation sur le recel, moins précise ou moins répressive que le code
pénal français. Dès lors, les retrouver devient un véritable chemin de
croix. "Les biens culturels réapparaissent régulièrement dans des ventes ou
des héritages, explique le colonel Roger Lembert, directeur de l'Office
central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC). Mais on n'en
retrouve au total que très peu."
Les découvertes les plus frappantes ont lieu dans les catalogues des grandes
salles de vente, comme Drouot ou Sotheby's. Les œuvres ont abouti là après
une succession de reventes et il est donc très compliqué de mettre la main
sur un receleur connaissant l'origine frauduleuse de l'objet. Et quand il
s'agit de récupérer un objet identifié comme volé, une autre affaire
commence. En effet, son propriétaire de bonne foi refuse parfois de le céder
et le rachat par l'Etat français peut prendre plusieurs années.
Une autre limite dans la répression : le vol d'objet d'art est puni comme
n'importe quel vol, une toile de maître comme un lecteur de DVD. Pour la
police, les peines encourues ne sont pas assez dissuasives pour ces
délinquants de l'art, spécialistes et récidivistes.
En France, les autorités disposent d'une base de données informatisée
(photos et descriptions), la base Treima, qui recense la quasi-totalité des
objets classés. Cet outil facilite la recherche des biens dérobés, notamment
avec les services de police européens, si toutefois ceux-ci n'en sont pas
restés au support papier.
Face aux vols dans les églises, la meilleure arme reste la prévention et la
protection des lieux. Pendant longtemps, la solution aux vols est passée par
la fermeture des églises. Même s'il préfère voir leurs portes ouvertes, le
colonel Lembert se veut réaliste : "Dans une chapelle isolée, s'il n'y a pas
d'impératif à l'ouverture, il vaut mieux qu'elle soit fermée. Ça diminue un
peu les risques, même si ça n'empêche pas les vols."
En effet, car la majorité des vols ont lieu la nuit, quand les églises sont
bel et bien fermées. "En fermant le jour, on veut aussi limiter les
possibilités de faire des repérages, ajoute le père Joseph Ayel, président
de la commission d'art sacré du diocèse du Puy-de-Dôme. J'essaie d'inciter
au maximum à la réouverture des églises, même quelques jours par semaine ou
quelques heures par jour. Mais nous n'avons pas les moyens suffisants pour
bien protéger les œuvres."
Depuis la loi de 1905 dite de séparation de l'Eglise et de l'Etat, les
communes sont propriétaires des églises implantées sur leur territoire
(l'Etat des cathédrales), ainsi que des objets qu'elles abritent. Elles sont
responsables des éventuels travaux de protection. Stéphane Théfo est mandaté
par le ministère de la culture pour établir un diagnostic de sécurité, à la
demande des communes ou des directions régionales des affaires culturelles
(DRAC). Pour lui, "on peut toujours mieux protéger un bien culturel, parfois
simplement. Mais parfois ça nécessite des moyens électroniques" .
L'installation de vitrines est une solution de plus en plus à la mode dans
les églises. Yves Cranga, conservateur des monuments historiques à la DRAC
Auvergne, s'est résolu à adopter des vitrines pour les vierges romanes,
cibles à plusieurs reprises de vols dans la région.
Dominique Peyre, son homologue de Poitou-Charentes, n'est pas convaincu :
"Les vitrines 'muséifient' les objets, les sortent de leur contexte. Dans
les églises, les objets vivent et comportent un mécanisme d'intercession
avec les fidèles. Il n'est pas évident de les en priver."
Mais mieux vaut peut-être les priver de contact physique avec une statue que
de les priver totalement d'un objet qui risque d'être volé.
Benjamin Roure
Article paru dans l'édition du 18.08.05
http://www.lemonde.fr/
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