[CPProt.net] Le scandale de l'obélisque volé

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Thu Apr 21 21:17:22 CEST 2005


Le scandale de l'obélisque volé
GUY DUPLAT

Mis en ligne le 21/04/2005
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AP 

Les habitants d'Axum, dans le nord de l'Ethiopie, en ont pleuré de joie en
voyant atterrir mardi, le gros porteur Antonov, avec dans ses soutes, le
premier tronçon de leur cher obélisque. Une longue saga, un scandale
culturel sans pareil, un vol caractérisé, sont donc en passe d'enfin se
terminer. Les armées mussoliniennes s'étaient emparées en 1937 de ce
monument mythique de l'Ethiopie, durant leur brève occupation du pays du
Négus. Il s'agissait pour Mussolini de dresser à Rome un obélisque comme du
temps des César. Le Duce voulait aussi venger ainsi la défaite des troupes
italiennes en 1896, devant le Négus Ménélik II, la seule défaite jamais
subie par des colonisateurs blancs devant des troupes noires. La victoire de
Ménélik est une gloire nationale pour l'Ethiopie, pays fier de son passé et
jamais colonisé mais c'était un souvenir honteux pour l'Italie fasciste.

Cet obélisque avait été dressé à Axum par le roi Ezana, au IVe siècle après
JC à l'époque de la gloire de l'empire d'Axum, la ville «sacrée» d'Ethiopie,
qui possède aussi, selon les Coptes Ethiopiens, l'arche d'alliance ramenée
par la reine de Saba d'un voyage à Jérusalem chez le roi Salomon (elle est
dissimulée dans une église et disparaît si on veut la voir).

Le royaume d'Axum dominait alors la région de la corne d'Afrique et le roi
fit dresser cette stèle monumentale de près de 200 tonnes et de 24 m de
haut. Les armées fascistes eurent toutes les peines du monde à ramener à
Rome une telle masse. Les soldats durent construire une route de 400 km vers
la mer rouge et utiliser un bateau vers l'Italie.

Dès le lendemain de la guerre, l'Italie et l'Ethiopie d'Haïlé Sélassié
signaient un accord sous l'égide de l'Onu qui prévoyait que l'Italie rendra
à l'Ethiopie toutes les oeuvres d'art volées. Un accord, souvent confirmé,
mais jamais appliqué. Les Italiens se sont fait tirer l'oreille et sont
devenus la cible du mouvement important qui réclame la restitution aux pays
d'origine, des oeuvres d'art volées. L'obélisque d'Axum devenait un cas
exemplaire comme l'est le cas des frises du Parthenon achetées par Lord
Eglin à l'occupant turc en 1806, installées depuis lors au British museum et
que Londres refuse obstinément de rendre à Athènes, malgré les demandes
répétées de celle-ci.

L'arrivée de Berlusconi au pouvoir a même entraîné un sommet dans la crise
entre les deux pays, avec les propos du sous-secrétaire d'Etat de l'époque,
Vittorio Sgarbi, qui refusait de rendre l'obélisque et expliquait aux
Ethiopiens qu'ils pouvaient être heureux d'avoir une telle vitrine à Rome.
Mais bien mal lui en a pris. Il fut critiqué de toutes parts et, quelques
mois plus tard, la foudre frappait l'obélisque et l'endommageait, montrant
qu'à Rome, elle n'était pas à l'abri de détériorations.

En juillet 2002, l'Italie accepta enfin de rendre l'obélisque et, fin 2003,
on commença à démonter la gigantesque stèle en trois tronçons. Il fallut
ensuite régler les modalités du voyage du retour. Le plus lourd transport
par avion, d'oeuvre d'art, jamais organisé. Un avion très gros porteur,
l'Antonov, fut loué (le coût total de «l'opération restitution» payé par
l'Italie, est de 6 millions d'euros). On dut régler les problèmes à Axum
même, qui n'a qu'une piste d'atterrissage trop courte (2400 mètres au lieu
des 3500 mètres nécessaires) et pas de radio. L'avion a dû atterrir le matin
tôt, quand la température était encore fraîche, pour réduire la résistance
de l'air. Des grues et des camions spéciaux avaient été prévus à l'aéroport
d'Axum pour amener l'obélisque sur son lieu d'origine. Une grande fête se
déroulera dès que l'obélisque sera à nouveau complet.

© La Libre Belgique 2005




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